j'en appelle à...

Tant il est vrai que " le seul inconvénient des défis c'est qu'il arrive parfois qu'on les relève ". Bernanos

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14/01/2014

Voeux d'Ariane

Mise en page radiophonique de quelques extraits des vœux adressés par Ariane MNOUCHKINE, metteur en scène et créatrice du Théatre du Soleil...Cliquer sur la flèche ci-dessous pour la version sonore :

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«… Je vous souhaite beaucoup de bonheur. Une fois dit ça. Qu’ai-je dit ? … Je nous souhaite d’abord une fuite périlleuse et ensuite un immense chantier. D'abord, fuir la peste de cette tristesse gluante, que par tombereaux entiers, tous les jours, on déverse sur nous, cette vase venimeuse, faite de haine de soi, de haine de l’autre, de méfiance de tout le monde, de ressentiments passifs et contagieux, d’amertumes stériles, de hargnes persécutoires…de prophéties de l’échec inévitable. Une fois réussie cette difficile évasion, je nous souhaite… un chantier colossal, ….Entrons sur ce chantier… Ouvrons des laboratoires ou rejoignons ceux où, à tant de questions et de problèmes, des femmes et des hommes trouvent des réponses, imaginent et proposent des solutions qui ne demandent qu’à être expérimentées et mises en pratique, avec audace et prudence, avec confiance et exigence. Expérimentons… Que l’échec soit notre professeur, pas notre censeur… Comme les poètes qui savent qu’il faut, tantôt écrire une ode à la tomate ou à la soupe de congre, tantôt écrire Les Châtiments… Et surtout, surtout, disons à nos enfants qu’ils arrivent sur terre quasiment au début d’une histoire et non pas à sa fin désenchantée… Il faut qu’ils sachent que, ô merveille, ils ont une œuvre, faite de mille œuvres, à accomplir, ensemble, avec leurs enfants et les enfants de leurs enfants….Disons-le, haut et fort, car, beaucoup d’entre eux ont entendu le contraire, et je crois, moi, que cela les désespère. Quel plus riche héritage pouvons-nous léguer à nos enfants que la joie de savoir que la genèse n’est pas encore terminée et qu’elle leur appartient … » Bebe_lion_de_mer_de_NZ.jpg Bébé Lion de Mer, tout neuf comme ce mois de janvier 2014 près de l'île Macquarie Nouvelle Zélande - Photo : © Samuel Blanc

03/12/2013

Iréna

Pour écouter la version sonore réalisée en direct ce matin à l'antenne, cliquer sur la flèche ci-dessous :

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Il est inexact de dire que nous manquons de repères. Les repères ne manquent pas, nous manquons seulement d’aller les chercher, les mettre en exergue au milieu des futilités et autres faits divers dont nous gave notre trop-plein d’informations. Vous avez dit : repères ? En voici un. Je le dois à un ami, fidèle de mes billets, qui m’a rappelé une grande dame...Il y a cinq ans -12 mai 2008- un flash-info depuis Varsovie nous annonce la mort d’Iréna Sendlerowa à l’âge de 98 ans. Que n’ai-je jamais cherché plus loin ? Cette polonaise reste longtemps une héroïne méconnue du ghetto de Varsovie, dont elle fait sortir par sa roublardise et son courage insensés, 2500 enfants voués à la solution finale. Echappant par miracle à l’exécution ordonnée en octobre 1943 par la gestapo, Yolanta –de son faux nom- finit sa vie chez elle clouée dans un fauteuil roulant : les pieds et les jambes lui ont été brisés sous la torture. Elle consacre les dernières années de sa vie à rechercher les enfants qu’elle a sauvés grâce à un judicieux système de faux état civil mis au point par ses soins au cœur du ghetto… Nous ne manquons pas de moyens de nous renseigner sur cette grande dame, tel un point de repère extraordinaire. Extraordinaire, comme tous ces gens ordinaires, anonymes, oubliés souvent, et dont les écrans ne nous parleront jamais ou si peu. Choix d’audience que d’organiser des débats insipides sur le manque de repères, plutôt que de nous les montrer ? Au moment où, à grands coups de pub, une coupe du monde nous est mise artificiellement en lumière…,Irèna Sendlerowa -femme ordinaire- vient durablement illuminer notre route qui n’a que le choix de ses repères. Lagopede-a-queue-blanche.jpg Lagopède à queue blanche-Colombie Britanique - Photo : © Samuel Blanc

19/11/2013

Oyez !

Oyez ! ce billet en cliquant, bonnes gens, sur la flèche ci-dessous :''

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« Allo ! Oui, je vous écoute… C’est entendu ! » Entre écouter et entendre, je sens comme un fossé. Et si je m’écoutais, je vous dirai qu’entendre est difficile. D’ailleurs, à trop s’écouter soi-même, on ne s’entend plus. D’autant qu’à entendre certains, j’avoue même ne plus écouter….Il n’est pire sourd –dit-on- que celui qui ne veut pas entendre. Entendons-nous bien ! Comme tout le monde, il m’est arrivé d’écouter aux portes et y apprendre des choses justement dures à entendre. Mais nul besoin d’écouter aux portes ; autant parler à un mur : il a des oreilles ! Il n’est pire écoute que celle qui veut tout entendre. Sera-t-elle entendue cette ancienne oreille de la CIA et du NSA, qui dénonce pour nous l’écoute à grande échelle : stratégique, politique, économique et même de nos vies privées ? Tout le monde s’entend pour dire que c’est grave et puis… plus rien. Jamais nous n’avons été autant écoutés, pour être paradoxalement aussi peu entendus ! Entendons-nous bien ! Réseaux sociaux, téléphonie, messageries en tous genres, caméras en direct, infos en boucle...Jamais les moyens d’écoute n’ont été aussi nombreux et performants. Mais là encore jamais peut-être -à défaut d’être entendus- nous n’avons autant de mal à nous entendre. Alors ! Promenons-nous dans les bois ; faisons halte dans un monastère ; restons cois sur le berceau d’un enfant ; pointons l’horizon au bout du sillon ; oyons la mésange donner la becquetée… C’est fou ! Ce que l’on peut entendre, à écouter le silence. Oyez bonnes gens ! Mais entendons-nous bien : parler du silence, c’est déjà le rompre. sterne_arctique.jpg Sterne Arctique - Photo : © Samuel Blanc

29/10/2013

La môme

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La môme Piaf, ainsi surnommée à ses débuts, est morte il y a cinquante ans déjà. Une vie de gloire professionnelle jalonnée de désastres personnels. Une voix saisissante. A l’annonce de la mort de son amie la môme, Jean Cocteau s’est éteint le même jour : « Je n'ai jamais connu –disait-il- d'être moins économe de son âme. Elle ne la dépensait pas, elle la prodiguait, elle en jetait l'or par les fenêtres »…La môme Malala. Malala Yousafzai. Elle a 16 ans. Pakistanaise, blessée par balles par les talibans. Son père est conseiller spécial de l’ONU pour l’éducation. Cette môme représente tout ce que peuvent exécrer au plus haut point les fondamentalistes de tous poils et de toutes religions : une jeune gamine avec un livre…Deux mômes qui n’ont rien de commun entre elles. Mais j’aime retenir pour chacune d’elles, et jusque dans leur différence, cette énergie de petit-bout-de-bonne-femme, capable de soulever les montagnes. On peut toujours les dire surfaites, voire manipulées, mais il me plait de savoir que des mômes, encore aujourd’hui et demain, peuvent changer quelque chose dans ce monde en jetant pour nous tout l’or de leurs âmes par les fenêtres… Aujourd’hui, combien vont encore tomber sous les radicalismes qui prolifèrent au terreau des injustices de ce monde ? Combien, anéanties par des fanatiques qui osent se servir de Dieu pour imposer à d’autres, leur loi, leur mode de vie et de penser ? La môme avait une voix et un micro pour chanter l’hymne à l’amour. La môme avait un livre à la main pour résister à l’obscurantisme. Merci les mômes ! Pour l’or que vous nous jetez par les fenêtres… Enfants_Tchouktches.JPG Enfants Tchouktches-Extrème Orient Russe octo 13 - Photo : © Samuel Blanc

01/10/2013

Sur le mur

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Sur le mur. Une inscription accroche d’un éclair mon attention. Deux pas en arrière pour vérifier. C’est bien ce que j’ai cru lire, sur ce mur à la peinture rouge : « on connaît le prix de tout et la valeur de rien ». Non contents d’avoir des oreilles, voilà que les murs se mettent à philosopher…Sur le mur, ce beau sujet de dissertation pour une future épreuve de philosophie. Eternel débat, me direz-vous, entre le prix et la valeur…Certes, ce qui a de la valeur a toujours un prix, même si la valeur d’une chose ne dépend pas forcément de lui. Sur le mur. Pour dérangeante qu’elle soit, cette inscription pointe avec justesse la dérive qui pèse sur notre vivre-ensemble : et si la perte des valeurs que d’aucuns relèvent était justement le fruit empoisonné du tout-qui-s’achète ? Dans un contexte social où tout s’achète, - au prix bien élevé de la morosité et de l’insatisfaction ambiantes -, comme il fait bon, sans candeur aucune, de miser sur la gratuité. Comme il fait bon de mettre en avant les bénévoles qui font tourner la baraque, au lieu de polluer l’atmosphère en brouillant savamment nos écrans à coups de feuilletons magouilles, gros sous et compagnie. Comme il fait bon de réhabiliter le pas-grand-chose qui change tout, le-t’en-fais-pas-il-fera-beau, le cause-toujours-mon-lapin, le mieux-être par l’avoir-moins… Il est tellement de gestes simples au quotidien qui n’ont de prix que la valeur de leur gratuité, ou - comme disait ma grand-mère – valent cher tout en ne coûtant rien. Mais - poursuivait-elle - autant parler… à un mur !

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